À seulement quelques années de ses débuts au Club de Tir de Pertuis, Arnaud Gamaleri s’est déjà fait une place parmi les meilleurs tireurs français de sa génération. Champion d’Europe junior, vainqueur d’une Coupe du monde junior, vice-champion du monde et désormais engagé chez les seniors, le Pertuisien poursuit son ascension avec un objectif clairement affiché : tenter de décrocher sa place pour les Jeux olympiques de Los Angeles en 2028. Quelques jours après avoir reçu la médaille de la Ville de Pertuis, il raconte son parcours au Pertuisien.
Il y a parfois des parcours qui commencent presque par hasard.
Pour Arnaud Gamaleri, tout a commencé à Pertuis, lors d’une fête foraine. Un premier contact avec le tir sportif qui lui plaît immédiatement. Son père l’emmène alors au Club de Tir de Pertuis, où Jean-Marc Brest l’accompagne dans ses premiers pas.
Quelques années plus tard, le jeune Pertuisien représente la France sur les compétitions internationales.
Et l’année 2026 restera particulièrement marquante.
En avril, au Caire, Arnaud remporte la Coupe du monde junior en pistolet 25 mètres vitesse olympique et réalise une performance exceptionnelle en qualifications avec 589 points sur 600, égalant le record du monde junior.
Quelques semaines plus tard, il devient champion d’Europe junior individuel et par équipe à Osijek, avant de terminer sa carrière junior par une médaille d’argent individuelle et une médaille d’argent par équipe aux Championnats du monde de Suhl.
Et désormais, une nouvelle page s’écrit : celle des seniors.
« Je suis très fier de recevoir cette médaille »
Cette semaine, Arnaud a reçu la médaille de la Ville de Pertuis, une distinction qui a une résonance particulière pour celui qui a grandi ici.
Arnaud, cette médaille représente quoi pour vous ?
« Je suis très fier de recevoir cette médaille de la Ville de Pertuis, la ville où j’ai grandi et où j’ai commencé le tir sportif. C’est une belle manière de représenter ma ville à travers mes résultats, mais aussi de montrer que le travail, la persévérance et la passion peuvent permettre d’aller loin. »
Une reconnaissance locale qui vient aussi rappeler l’attachement du sportif à ses racines.
« Le Club de Tir de Pertuis a été le point de départ de cette aventure »
Lorsqu’il regarde le chemin parcouru, Arnaud reconnaît lui-même avoir parfois du mal à mesurer tout ce qui s’est passé en quelques années.
« Au départ, je pratiquais le tir par passion, sans forcément imaginer que cela pourrait m’emmener jusqu’au niveau international. »
Avec le recul, chaque étape compte.
« Chaque entraînement, chaque compétition, chaque défaite et chaque victoire m’ont permis de progresser et de construire le sportif que je suis aujourd’hui. »
Mais malgré les titres et les médailles, le jeune tireur garde les pieds sur terre.
« Je suis forcément fier du chemin parcouru, mais je garde surtout en tête que rien n’est acquis. J’ai encore beaucoup de choses à apprendre et de nouveaux objectifs à atteindre. »
Et il insiste sur un point :
« Je n’oublie pas d’où je viens : le Club de Tir de Pertuis a été le point de départ de cette aventure. »
Une fête foraine comme point de départ
Difficile d’imaginer que cette aventure internationale est née lors d’une simple fête foraine.
Comment avez-vous découvert le tir sportif ?
« J’ai découvert le tir un peu par hasard, lors d’une fête foraine à Pertuis. Ça m’a tout de suite plu et j’ai eu envie d’aller plus loin. Mon père m’a alors emmené au Club de Tir de Pertuis, où Jean-Marc Brest m’a pris sous son aile et m’a accompagné dans mes débuts. »
Une rencontre et un club qui vont finalement changer le cours de son parcours sportif.
25 mètres vitesse olympique : précision, rapidité et mental
Pour ceux qui ne connaissent pas forcément cette discipline, le pistolet 25 mètres vitesse olympique demande une combinaison particulièrement exigeante.
Cinq cibles, des temps extrêmement courts et une concentration maximale.
« En vitesse olympique à 25 mètres, tout va très vite : il faut être précis, rapide, mais surtout rester parfaitement concentré. »
Les séries s’enchaînent en 8 secondes, 6 secondes puis 4 secondes.
« Il faut donc avoir un geste extrêmement précis et régulier, tout en étant capable de gérer son stress et ses émotions. Une petite erreur peut rapidement coûter beaucoup de points. »
Pour Arnaud, c’est justement cette combinaison qui fait tout l’intérêt de sa discipline :
« C’est justement ce mélange entre précision, vitesse et maîtrise mentale qui rend cette discipline aussi exigeante, mais aussi passionnante. »
Le mental se travaille aussi à l’entraînement
À ce niveau, la technique ne suffit pas.
Arnaud explique travailler énormément l’aspect mental à l’entraînement.
« On apprend à rester concentré, à gérer la pression et surtout à ne pas se laisser perturber par une mauvaise série ou une erreur. »
Respiration, routines et visualisation font partie de sa préparation.
« L’objectif est de réussir à rester dans le moment présent et de reproduire les mêmes gestes, que ce soit à l’entraînement ou en compétition. »
Avec l’expérience, le sportif apprend aussi à mieux gérer ses émotions et à faire confiance au travail réalisé en amont.
2026, une année hors norme
Le Caire, Osijek, Suhl : trois compétitions qui ont marqué sa saison.
Au Caire, Arnaud remporte la Coupe du monde junior et égalise le record du monde junior en qualifications avec 589/600.
Une performance qu’il a encore du mal à réaliser.
« Honnêtement, je ne m’en rends toujours pas vraiment compte. […] Encore aujourd’hui, je me demande : “Comment j’ai fait ?” »
Sur le moment, pourtant, pas question de se disperser.
« J’étais surtout concentré sur ce que j’avais à faire. Je n’ai pas forcément réalisé tout de suite la portée de ce que je venais d’accomplir. »
Une revanche à prendre aux Championnats d’Europe
Quelques semaines plus tard, direction Osijek, en Croatie.
Arnaud y décroche pour la deuxième année consécutive le titre européen junior en individuel et remporte également le titre par équipe avec Thomas Chinours et Simon Le Guillou.
Mais cette victoire avait une saveur particulière.
« En 2024, je n’étais pas rentré en finale pour un seul petit point. Alors revenir deux ans plus tard et réussir à décrocher le titre de champion d’Europe individuel et par équipe, c’était une énorme satisfaction. »
Il le reconnaît lui-même :
« C’était une revanche personnelle que j’avais à cœur de prendre. »
Une dernière compétition junior avec deux médailles d’argent
À Suhl, pour ses derniers Championnats du monde juniors, Arnaud espérait évidemment l’or.
Il repart finalement avec une médaille d’argent individuelle et une médaille d’argent par équipe, cette dernière avec Thomas Chinours et Simon Le Guillou.
« Forcément, on reste un peu déçu de la couleur de la médaille, parce qu’on voulait l’or, mais ça reste une très belle médaille et une superbe façon de terminer ma carrière junior. »
Une page se tourne.
Désormais, place aux seniors
Le passage chez les seniors constitue une nouvelle étape.
Et Arnaud ne se cache pas les difficultés qui l’attendent.
« Le niveau est beaucoup plus élevé chez les seniors et je sais que je vais forcément passer par des moments compliqués. »
Mais il affiche également ses ambitions :
« Je suis prêt à me confronter à eux et surtout, je ne lâcherai rien. Je sais que j’ai ma place parmi les seniors. »
Selon lui, la principale différence aujourd’hui reste l’expérience.
« Ce qui me manque aujourd’hui, c’est principalement de l’expérience face à des tireurs qui évoluent à ce niveau depuis beaucoup plus longtemps que moi. »
Une expérience qu’il entend acquérir en continuant à travailler.
« J’étais pétrifié » : ses débuts chez les seniors
Sa première Coupe du monde senior à Munich lui a déjà permis de mesurer le changement de dimension.
Pour sa première titularisation, Arnaud s’est qualifié pour la finale et a terminé 7e.
Mais derrière le résultat, il y avait surtout une énorme pression.
« C’est un stress complètement différent. Me retrouver face à des tireurs que je regardais encore aux Jeux olympiques, ça fait vraiment tout drôle. »
Et il raconte sans détour :
« Pour être honnête, j’étais pétrifié. J’avais les jambes qui tremblaient et j’entendais mon cœur battre à une vitesse… »
Malgré cela, il atteint la finale.
« Ça m’a permis de prendre mes repères et de comprendre ce qu’il me reste à travailler pour être encore plus à l’aise à ce niveau. »
Los Angeles 2028 : « Je ne me fixe pas de limite »
Et maintenant ?
La question est forcément dans toutes les têtes : les Jeux olympiques de Los Angeles 2028 sont-ils un objectif ?
La réponse d’Arnaud est claire.
« Bien sûr. Les Jeux de Los Angeles 2028 sont clairement un objectif pour moi. »
Il sait toutefois que la concurrence française est forte, notamment avec Jean Quiquampoix et Clément Bessaguet, deux tireurs expérimentés.
« Aujourd’hui, je sais qu’il y a encore beaucoup de travail et d’expérience à accumuler pour pouvoir rivaliser avec eux. »
Mais il entend jouer sa carte jusqu’au bout.
« Je ne me fixe pas de limite. Je vais continuer à travailler, à progresser et à saisir chaque opportunité pour essayer de décrocher cette place pour les Jeux. »
Cinq jours par semaine à Allauch
Derrière les podiums, il y a une réalité beaucoup moins visible : un quotidien particulièrement chargé.
Du lundi au vendredi matin, Arnaud se rend au CTPN à Allauch pour s’entraîner avec Jean Quiquampoix et Clément Bessaguet.
« Les après-midis sont consacrés à la préparation physique, au kiné et à la récupération. »
À cela s’ajoutent les trajets entre Pertuis et Allauch.
« Les journées sont bien remplies. »
Le week-end est consacré à la récupération avant de repartir pour une nouvelle semaine.
Des sacrifices, mais pas question d’oublier sa vie personnelle
Le haut niveau impose forcément des choix.
Des soirées entre amis manquées, des sorties auxquelles il faut renoncer, certaines activités arrêtées pour éviter une blessure.
« J’ai même arrêté certaines activités, comme le ski, parce que j’ai peur de me blesser et de compromettre ma saison. »
Mais Arnaud insiste sur l’importance de conserver un équilibre.
« Ma famille et mes amis restent hyper importants pour moi. Ils sont là depuis le début et ils font aussi partie de mon équilibre. »
Sportif de haut niveau et réserviste de la Gendarmerie
Depuis 2023, Arnaud est également réserviste de la Gendarmerie nationale. La Gendarmerie confirme cet engagement dans son portrait consacré au tireur vauclusien.
Une expérience qu’il considère complémentaire de sa pratique sportive.
« La réserve m’apporte aussi de la rigueur, de la discipline et une certaine capacité à garder mon calme face à des situations parfois stressantes. »
Et la relation fonctionne dans les deux sens :
« Le tir m’a appris à gérer la pression, à rester concentré et à garder mon sang-froid. Je trouve donc que les deux expériences se complètent bien. »
Le Club de Tir de Pertuis, toujours au cœur du parcours
Même s’il s’entraîne désormais à Allauch avec certains des meilleurs tireurs français, Arnaud reste profondément attaché à son club d’origine.
« Le Club de Tir de Pertuis reste mon club de cœur et fait partie intégrante de mon parcours. »
Il continue notamment à participer aux déplacements du club et organise également des entraînements destinés aux compétiteurs afin de partager son expérience.
« Aujourd’hui, j’essaie aussi de rendre ce que le club m’a apporté. »
Une manière de transmettre à son tour ce qu’il a reçu lorsqu’il a commencé.
« Même en venant d’une petite ville, on peut aller au plus haut niveau »
Cette dimension locale revient naturellement lorsqu’on demande à Arnaud ce que signifie représenter Pertuis à l’étranger.
Sa réponse résume finalement assez bien l’esprit de cette rencontre :
« J’ai toujours été soutenu par la municipalité et par les habitants de Pertuis, donc c’est une vraie fierté de pouvoir représenter ma ville à l’international. »
Et surtout :
« Porter les couleurs de Pertuis sur les compétitions internationales, c’est une façon de remercier toutes les personnes qui m’ont soutenu depuis mes débuts et de montrer que, même en venant d’une petite ville, on peut aller représenter sa ville au plus haut niveau. »
Et si vous pouviez parler au jeune Arnaud ?
Pour terminer, je lui ai posé une dernière question : que dirait-il aujourd’hui au jeune garçon qui débutait au Club de Tir de Pertuis ?
Sa réponse est peut-être la plus simple de toute l’interview.
« Je lui dirais surtout de prendre du plaisir. Il faut avoir envie d’aller s’entraîner, aimer ce qu’on fait et profiter de chaque moment. »
Et puis de s’accrocher.
« Il y aura forcément des moments difficiles, des compétitions ratées et des déceptions, mais il ne faut jamais abandonner. »
Avant de revenir à l’essentiel :
« Je lui dirais de continuer à travailler, de croire en lui et surtout de ne jamais oublier pourquoi il a commencé : parce qu’il aimait le tir. »
De la fête foraine aux Jeux ?
L’histoire d’Arnaud Gamaleri est loin d’être terminée.
Elle a commencé à Pertuis, presque par hasard, avec une découverte lors d’une fête foraine. Elle est passée par le Club de Tir de Pertuis, les compétitions nationales, les titres européens, les podiums mondiaux et désormais le circuit senior.
En 2028, Los Angeles pourrait constituer une nouvelle étape.
Pour l’heure, Arnaud le sait : il reste beaucoup de travail.
Mais une chose est certaine : le jeune Pertuisien n’a pas l’intention de s’arrêter là.
